La première fois que vous rencontrez Yann Lepennetier, c’est à peine si vous en tirez trois mots. Ce timide n’admet l’outrance que couchée sur le papier. On le rencontre attablé dans un bistrot de Bruxelles, port d’attache actuel de ce Breton de Marseille. Le personnel, interloqué, le laisse noircir des feuilles et des feuilles.
Tôt matin, quand le monde embarqué sur la nef des fous n’a pas encore pris sa vitesse de croisière. La pensée de ses enfants à l’école ou à la maison le traverse parfois quand il relève la tête et mâchonne son crayon. Laissons les autres clients, bons bourgeois bruxellois, ignorer que ce monsieur bien sous tous rapports déshabille Lolo et Sucette, satisfait les rêves les plus érotiquement pervers des Innommables et louvoie entre les légendes d’un moyen âge imaginaire franchement sanguinaire.
Même si Hausman lui cédait la moitié de ses kilos, Yann paraîtrait encore élancé. Le physique ne pouvait les rapprocher. Et à lire Yann, on a du mal à croire qu’un écureuil apprivoisé a été son compagnon d’enfance. C’est pourtant à cet animal froufroutant que nous devons la rencontre entre le "peintre des plus étranges visions" et le baladin des westerns urbains. Et, bien sûr, une brassée de sentiments partagés. Comme la pudeur masquée, la fascination/répulsion pour l’immense caricature qu’est la destinée humaine. Et un art de vivre dans le souverain mépris du fast-food.