Et Philippe Tome devint scénariste réaliste. Quoi, ai-je bien lu ? Le maître de l’humour dévastateur (l’impossible "Petit Spirou", ma chère), de l’hémoglobine ricanante ("Soda", à votre santé) et de l’aventure chevaleresque ("Spirou et Fantasio", rien que ça) donne dans le réalisme ? Oui, et avec talent. Car la réalité se révèle dérisoire et l’humour n’est que la grimace coquine de la vérité. Tome applique quelques solides fessées à la société américanisée, qui se maquille volontiers à l’essence de fric, au mascara d’inhumanité et au fard de violence. En fait, ce tendre, volontiers rigolard et plus bourru à mesure qu’il se laisse envahir par l’émotion, écrit sourire aux lèvres le roman noir de l’ère postmoderne.