Fils d’Ardenne, dont il capte et restitue les senteurs, les lumières et les faux jours, les brouillards paresseux, les printemps tardifs et les hivers languissants, Jean-Claude Servais est aussi le défricheur des âmes blessées. à vol d’oiseau — et il n’est guère difficile de se transformer en oiseau quand on est Ardennais —, il est très proche de Rimbaud qui arpentait les sentiers de Roches à Charleville et dont le regard ébloui par l’ivresse des couleurs automnales se posait sur le monde et les gens à l’entour. Servais ne parle pas beaucoup, et si on le veut mieux connaître, c’est dans le labyrinthe de ses dessins qu’il nous faut chiner. Le fureteur y trouvera pêle-mêle un cœur gros comme ça, un esprit sensible aux modifications provoquées par le temps, un nostalgique de l’innocence enfuie et un indifférent à la société du profit qui génère tant d’emballages perdus. Un sage. Peut-être, un rêveur d’Abyssinie, d’Aden lointains où n’abordent que les bateaux ivres.