Maîtriser, comme Denis Lapière, une connaissance encyclopédique du cinéma, de la littérature et de la BD, permet le luxe de ne pas se laisser phagocyter par la documentation. Du coup, la narration devient fluide et libre à la fois ; les personnages imaginaires endossent des habits d’humanité, de vérité et de vie. Ils traitent d’égal à égal avec des figures historiques. Ne réduisons pas Denis Lapière à un statut de brillant scénariste unidimensionnel. Il sait scruter l’âme humaine, y débusquer ses grandeurs et ses faiblesses et passer du baume sur les blessures de l’existence qui ne laissent même plus de cicatrices. Les scénarios de Denis sont des miroirs dans lesquels se brouille notre regard étonné.
Libraire pendant de nombreuses années, il connaît tout ce qui se fait dans la BD. On peut dire de lui que c’est un exégète. Un théoricien. On pourrait penser qu’il ferait un bon éditeur. Mais c’est mieux que ça, puisqu’il est devenu un scénariste à nul autre pareil. Un scénariste qui touille à pleins bras dans la pâte humaine. D’où surgissent des personnages plus vrais que nature. D’où il ressort des histoires remarquables et remarquées, parce qu’elles sont différentes. Oui, différentes.