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• Giroud vu par Lax
 

Faire le portrait de mon ami Giroud ? Bigre ! À première vue, j’ai deux solutions. Soit je lui cire les pompes, il le mérite, et je n’aurai pas à me baisser, je le mets sur un piédestal ! Soit je brosse un tableau sans concession, sans omettre ses défauts, or il ne le mérite pas et puis ça ne regarde que moi (et lui).
Faute de pouvoir choisir, je n’ai plus qu’une troisième option : ne pas choisir entre ces deux solutions…

Frank, c’est Tintin ! Il est généreux, ne tient pas en place et n’a pas froid aux yeux, toujours prêt à lever l’Encre (ce qui est beaucoup plus simple pour un scénariste que pour un dessinateur, je m’en rends compte maintenant que je fais les deux : le premier peut se contenter de partir avec un stylo et quelques feuilles de papier). Avant qu’il ne m’entraîne avec lui chez Dupuis et dans “Aire Libre”, il m’a embarqué non pas au Congo mais au Sénégal où l’on s’est aventurés dans des bouges peu reluisants et dans des taxi-brousse peu rassurants entre Dakar et la langue de Barbarie, banlieue sauvage de Saint- Louis du Sénégal.

Après l’Afrique noire, je l’ai suivi en Syldavie, pardon… en Roumanie, dans des trains et des autobus peu engageants, non pas sur la piste du sceptre d’Ottokar mais sur les traces de Rodica, notre héroïne de La Fille aux ibis.
Quelque temps plus tard, je l’ai rejoint chez les Picaros… je veux dire en Amazonie. Quand je l’ai retrouvé, dans la moiteur de la nuit de Bélem, il ne portait pas de culottes-golf ni de chaussettes blanches, il était habillé en Indiana Jones, chapeau à large bord, tee-shirt et bermuda peu reluisants et les pieds dans des trucs évoquant vaguement un paire de tongues. En voyage, il s’immerge ! Il ne m’a présenté ni le Général Alcazar ni les Indiens Arumbayas, mais plus tard je l’ai vu, de mes yeux vu (!) se déloquer et abandonner notre pirogue, sur le rio Itata (un affluent du rio Xingu), pour aller voir si le crocodile que nous venions de tirer au fusil n’avait pas coulé à pic ! Moi, j’avais parfaitement saisi que la bestiole avait plongé pour cause de dérangement et non pas parce que notre balle de calibre 22 l’avait plus ou moins chatouillée…

Faute d’avoir pu vivre ce face à face subaquatique avec un saurien agacé, le bougre s’est rattrapé par la suite en allant plonger en mer Rouge pour tutoyer les requins-marteaux. Le trésor de Rackham, il s’en contrefiche ! Pourvu qu’il s’immerge !
Comme Tintin, mais sans moi, il est allé au pays des pharaons et dans quelques autres contrées où le reporter du Petit Vingtième n’a jamais mis les pieds ! Sans prétendre qu’il ait une femme dans chaque port, il en a eu bien plus que Tintin (et que moi, mais nous ne lui en voulons pas). De même, je ne lui en veux pas d’avoir fait du saut à l’élastique attaché par une seule cheville. Après tout, c’est une autre façon de prendre son pied… et puis du moment qu’elle n’a pas enflée !

Je ne sais pas trop où il traîne en ce moment… Sûrement pas à marcher sur la Lune, ça se saurait ! Non, il doit plutôt être en vadrouille là où la pesanteur permet d’utiliser stylo et feuilles de papier sans faire des acrobaties. Sur notre bonne vieille Terre.
Une dernière chose, c’est de l’ordre de l’intime, mais nous sommes entre amis : pour avoir mis en images trois de ses plus belles histoires, je me suis octroyé le droit de l’appeler Franky.

Lax, décembre 2002.
 
Photo Giroud © D. FoussPhoto Giroud
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