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• Cosey vu par Yves H.
  Aussi loin qu’il m’en souvienne, il me semble avoir toujours connu Cosey. Je me vois encore, jeune ado, regardant émerveillé les planches qu’il avait l’habitude d’emporter avec lui lorsqu’il débarquait à la maison* avant d’aller les soumettre à son éditeur (une grande maison concurrente). Il y avait une telle magie dans ce trait noir et nerveux, une telle élégance aussi qui me fascinait. Et puis, Jonathan et Drolma étaient si attachants. Et Kate si belle.
Mais il est des admirations qui ne passent pas le cap de l’âge adulte. Mon admiration pour le travail de Cosey, elle, a résisté. Et bien résisté. Bien sûr, elle a pris une autre forme, plus adulte elle aussi. Et, par conséquent, plus complète. Car, derrière le dessinateur au trait inimitable qui me faisait craquer, j’ai découvert un scénariste hors pair. Un scénariste qui remet sans cesse en question le cadre formel dans lequel la bande dessinée a tendance à se complaire : Cosey est un explorateur du 9e Art ! Et par là-même, un précurseur qui est sans doute pour beaucoup dans la nouvelle crédibilité dont jouit la profession à l’heure actuelle. Il a ouvert la voie de l’âge adulte à la BD et non content de l’avoir fait, il continue à défricher un terrain que personne d’autre que lui n’aurait le courage d’investir.
Car Cosey n’est jamais là où on l’attend. Cette perpétuelle quête de forme et de sens est ce qui fait son charme, son talent, son génie, son style.
 
Yves H., février 2003.
• Cosey vu par Lapière
  En dépit des apparences, Cosey est de la famille de Pratt. C’est d’abord et avant tout un raconteur d’histoires.
Ce qui tombe bien. Parce que, faire de la BD, voyez-vous, c’est d’abord et avant tout raconter des histoires.
De plus, Cosey, à l’instar de Pratt, raconte avec style. Et caractère. Il y a une manière de raconter, chez Cosey, qui n’appartient qu’à lui. Et ça, franchement, ça ne se trouve pas chez tout le monde.
Mieux, même, son style, Cosey l’articule en fonction de ses histoires ; par exemple, la narration de Zeke est différente de celle de Orchidea qui elle se différenciait déjà du Voyage ou de Joyeux Noël. Ce n’est pas par coquetterie. La coquetterie, Cosey la laisse à ces auteurs à la mode qui n’ont rien d’autre à raconter. Non, si Cosey travaille le langage de ses BD, c’est parce qu’il a compris que les histoires se racontent aussi par la forme qu’elles prennent.
Et c’est pour cette raison qu’il fait partie de cette poignée d’auteurs absolument indispensables et très certainement indémodables.
 
Denis Lapière, octobre 2002
• Cosey vu par Sibran
  C’est Lax qui m’a parlé le premier de Cosey, il y a une dizaine d’années, dans une cave de dégustation au festival de Sierre… Le jour-même, j’achetais À la recherche de Peter Pan et Le Voyage en Italie.

Il y a des livres qui déteignent comme une encre sur la trame de nos vies. J’ai depuis la certitude d’avoir hanté une maison déserte au pied d’une montagne qui pleurait, gémissait, menaçait de m’ensevelir. Mais je ne partais pas.
Les histoires de Cosey me sont arrivées pour de vrai parce qu’il les a vraiment vécues. J’ignore comment cet homme peut habiter le corps des femmes, leur prêter voix et jusque dans leurs silences. Mais je sais qu’il le fait. Et c’est une traversée du miroir, car la vignette n’est plus seulement l’expression de la palpitation d’un corps, d’une présence à l’instant, mais d’une émotion secrète, de quelque chose d’intérieur où la BD ne s’aventure pas d’habitude, parce que l’on croit, parce que l’on dit que c’est inexprimable : que ça n’existe que dans les romans.

Entre deux vignettes d’Hergé, ce miracle de la case invisible, que tout le monde reconstitue si bien dans sa tête, qu’on se figure qu’elle existe, qu’il l’a vraiment dessinée.
Entre deux cases de Cosey, cette petite phrase, que tout le monde entend distinctement, comme à être celle qui le pense, le ressent, dans l’image.
Cette petite phrase que l’on entend mais qu’elle n’a jamais dit.
 
Anne Sibran, mars 2003
• Cosey vu par Tronchet
 

Ça fait maintenant plusieurs années que je cherche à percer le mystère Cosey. Ce type doit forcément avoir une face sombre, un côté obscur de la force. Parce qu’entre nous, ce sourire lumineux, cette coiffure ondulée de statuaire antique, et ce regard profond qui semble contenir toute la bonté du monde et environs, c’est louche, non ?

Et cette façon messianique de s’habiller en blanc, de marcher dans la rue comme sur les eaux, et de ne jamais s’énerver, ça peut énerver, on est d’accord ? J’ai souvent essayé de le pousser à bout, moi l’archange du mal. Impossible. Ce sourire désarmant, et ce regard encore, qui semble interroger : “Pourquoi toute cette violence ?” J’ai renoncé. Ce gars est une espèce d’authentique. Authentique quoi ? Je ne sais pas mais authentique.

Et puis son dessin, comme sa présence, insupportablement apaisants. Le côtoyer, comme le lire, vous dissuaderait presque de devenir féroce soldat, d’égorger nos fils et nos compagnes.
À lui seul, Cosey est une arme de dissuasion massive. Bombarder ses albums aux frontières des pays belligérants pourrait être du meilleur effet.

En temps de guerre, il faut le lire pour se rappeler qu’on est impuissant, certes, mais qu’on peut toujours être un petit îlot de paix. En tout cas, lui s’y emploie, discrètement. Mais ça se voit quand même. Ses pieds dépassent sous le rideau (des pieds percés, on t’a reconnu, Bernard !).

 
Tronchet (archange stagiaire du mal), mars 2003
 
Photo Cosey © D. FoussPhoto CoseyCosey
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