Comme Agatha Christie vous égorgeait une riche héritière sur le marbre d’une salle de bains aux robinets en or massif, sans vous donner l’impression que cela salissait le tapis, Philippe Berthet est le dessinateur du clair-obscur. Graphisme élégant et limpide au premier regard ; trait moins innocent qu’il n’y paraît. Ce père de famille attentionné crée des B.D. qui saignent. Mais on ne lui en veut pas. Certainement pas les fabricants de couleur rouge qui se disent que cet homme fringant, affable et rangé doit aimer peindre les réunions de cardinaux apoplectiques au milieu d’un champ de tomates.
Dessinateur en pleine possession de son talent, il est aussi un scénariste mature contrôlant les pouvoirs de l’écrit. Un dédoublement de rôles au service d’une personnalité forte. On savait, au travers d’innombrables esquisses et d’études minutieuses de personnages qu’il ne se permettait aucune improvisation graphique. Le scénario d'"Halona" est de la même eau : intrigue patiemment bâtie, déstructurée pour en discerner les failles éventuelles, reconstruite, plan par plan, en vue du récit définitif. On pense au travail d’un créateur de vitraux, dompteur de nuances colorées, chercheur de lumière.